Open banking au Maroc en 2026 : blocages et leçons françaises
Analyse critique de l’open banking au Maroc, de ses freins réglementaires et techniques, et des leçons à tirer de l’expérience française.

À première vue, l’open banking ressemble à un sujet d’API. Une banque ouvre quelques endpoints, une fintech s’y connecte et le travail semble terminé. En pratique, le code est rarement le morceau le plus difficile.
Une API bancaire ne sert à rien si le client ne comprend pas ce qu’il autorise, si chaque établissement impose son propre format ou si personne ne sait qui répond lorsqu’un paiement échoue. Pour une fintech, le vrai test arrive au moment de quitter le bac à sable. Doit-elle alors renégocier une intégration complète avec chaque banque ?
En juillet 2026, le Maroc a déjà un régulateur au travail, des banques capables d’intégrer des systèmes complexes, une soixantaine de fintechs opérationnelles et des usages numériques qui progressent. Il lui manque encore un marché d’open banking standardisé, avec des règles que tous les acteurs peuvent faire valoir. La France, encadrée par la DSP2 depuis 2018, permet de mesurer le chemin parcouru, mais aussi les limites d’un modèle plus mature. Son expérience mérite d’être étudiée, pas recopiée.
Périmètre. Cet article repose sur des documents publics disponibles au 29 juillet 2026. Il porte sur l’ouverture des données de comptes et l’initiation de paiement. Il ne constitue pas un avis juridique.
L’open banking, concrètement, c’est quoi ?
L’open banking permet à un client d’autoriser un prestataire tiers à consulter certaines données bancaires ou à initier une opération depuis son compte. Cela recouvre l’information sur les comptes, comme les soldes, les transactions ou l’agrégation de plusieurs banques, ainsi que l’initiation de paiement depuis un compte. Ces accès peuvent ensuite alimenter une gestion de trésorerie, une comptabilité automatisée, une vérification de revenus ou une analyse de solvabilité, dans les limites du consentement donné.
L’open banking ne signifie donc pas que les données deviennent publiques. Il organise un accès autorisé, limité, traçable et révocable. L’API n’est qu’une pièce du dispositif. Il faut aussi un standard commun, de la confiance et des responsabilités clairement attribuées.
L’open banking peut ensuite s’étendre au crédit, à l’assurance, à l’épargne ou à l’investissement. On parle alors d’open finance. Pour le Maroc, réussir un périmètre bancaire précis paraît plus utile que d’élargir trop tôt la promesse.
Où en est le Maroc en 2026 ?
Le rapport 2024 de Bank Al-Maghrib sur la supervision bancaire indique que les travaux ont couvert l’évaluation juridique et réglementaire, la gouvernance, ainsi que des benchmarks internationaux, notamment le Royaume-Uni, le Brésil et la Corée du Sud. La Banque mondiale accompagne également des travaux préparatoires et des pilotes. Les cas d’usage envisagés incluent l’agrégation de comptes, l’initiation de paiement et les services d’identité ou d’authentification.
Ces travaux préparent le terrain. Ils ne donnent pas encore aux acteurs un droit d’accès opérationnel en production. Un pilote et un marché ouvert restent deux choses très différentes.
Le Livre blanc 2026 de Morocco Fintech Center décrit un secteur d’environ 60 fintechs opérationnelles, principalement orientées vers le paiement et les services B2B. Il recense 13,8 millions de comptes de paiement mobile à fin 2024 et environ 62 millions de dollars levés par les fintechs marocaines depuis 2019. Mais le même document relève une « API-sation » hétérogène et l’absence d’un cadre d’open banking complètement formalisé. Des connexions existent, souvent au cas par cas. Elles ne forment pas encore une infrastructure commune.
Le Morocco Fintech Center, lancé en janvier 2025, réunit régulateurs, institutions publiques et acteurs financiers. Les fintechs disposent ainsi d’une porte d’entrée commune pour l’accompagnement, le financement et le dialogue réglementaire. Son utilité se mesurera surtout au temps gagné entre une expérimentation et une mise en production.
Maroc et France : une comparaison sans caricature
| Dimension | Maroc en 2026 | France en 2026 |
|---|---|---|
| Cadre d’accès | Travaux réglementaires et pilotes ; cadre transversal encore en construction | Accès aux comptes encadré par la DSP2 depuis 2018 |
| Standardisation | APIs et partenariats surtout hétérogènes ou bilatéraux | APIs généralisées, mais qualité et performance encore variables |
| Marché fintech | Jeune, concentré sur paiements et B2B, financement limité | Davantage d’acteurs agréés et de consolidations |
| Adoption | Wallets en croissance, cash et acceptation marchande encore structurants | Agrégation installée, mais adoption loin d’être massive |
| Problème central | Créer une infrastructure partagée et un passage vers la production | Transformer la conformité en usages rentables et réguliers |
La France a pris de l’avance sur le cadre et l’industrialisation. Je ne pense pas que le Maroc ait intérêt à suivre exactement la même trajectoire. Il peut viser des usages locaux que le dispositif européen, conçu pour un autre marché, traite mal ou pas du tout.
Ce qui fonctionne déjà au Maroc
Le régulateur regarde au-delà de l’API
Bank Al-Maghrib ne réduit pas le projet à une spécification technique. Ses travaux intègrent cybersécurité, protection des données personnelles, concurrence et confiance numérique. C’est nécessaire, car un incident d’open banking peut relever de plusieurs de ces domaines à la fois.
Le paiement mobile a trouvé un usage concret
Selon les statistiques 2024 de Bank Al-Maghrib sur les moyens de paiement, les transactions de paiement mobile sont passées de 9,7 millions, pour 2,1 milliards de dirhams en 2023, à 19,7 millions, pour 3,9 milliards en 2024. Les aides sociales directes ont fortement contribué à cette accélération.
Les chiffres ont presque doublé en un an. Cette progression ne vient pas seulement d’une amélioration technique. Les aides sociales ont donné au paiement mobile un usage concret et une distribution à grande échelle.
Les banques savent mener des intégrations complexes
En juin 2026, le groupe BCP et Western Union ont annoncé une connexion directe de leurs systèmes pour créditer instantanément des comptes au Maroc. Ce partenariat n’est pas de l’open banking au sens réglementaire. Il montre en revanche que les compétences et les capacités d’intégration existent.
Il montre aussi la limite actuelle. Une intégration bilatérale produit un service efficace, mais elle ne permet pas à un nouvel acteur de se connecter une fois pour servir plusieurs banques.
Des cas d’usage propres au Maroc
Les transferts des Marocains résidant à l’étranger, la trésorerie des TPE, le rapprochement des paiements marchands, la distribution des aides et l’accès au crédit pour des revenus irréguliers répondent à des problèmes locaux. Une nouvelle application générique d’agrégation de comptes aurait probablement moins d’impact.
Les six barrières qui empêchent le passage à l’échelle
1. Un droit d’accès encore flou
Le Maroc ne part pas de zéro en matière d’API. Le problème est plutôt l’absence d’un cadre commun qui réponde à des questions très pratiques :
- qui peut accéder à quelles données ;
- sous quel statut ou agrément ;
- selon quel standard de consentement ;
- avec quelles obligations de disponibilité et de support ;
- qui répond en cas de fraude, de donnée erronée ou de paiement mal exécuté ;
- comment le client révoque son consentement et obtient réparation.
Sans ces réponses, chaque partenariat exige sa propre négociation juridique, commerciale et technique. Un grand acteur peut absorber ce coût. Pour une jeune fintech, il peut suffire à bloquer le projet.
2. La concentration réduit l’incitation à ouvrir
Le rapport de supervision 2024 de Bank Al-Maghrib montre que les trois premiers groupes bancaires représentent 61,9 % des actifs, 63,5 % des dépôts et 60,4 % des crédits. Les cinq premiers concentrent 76 % des actifs.
Cette concentration peut simplifier la coordination initiale, puisqu’il suffit de réunir peu d’acteurs pour couvrir une grande partie du marché. Elle réduit aussi leur intérêt à avancer vite. Une infrastructure ouverte facilite la comparaison, le déplacement de la relation client et l’arrivée de concurrents.
Le cadre doit donc mesurer la qualité de l’ouverture et appliquer les mêmes règles à tous. Sans contrôle, une API peut respecter l’obligation sur le papier tout en restant lente, incomplète ou difficile à industrialiser.
Le marché du paiement marchand montre déjà l’importance de la concurrence. Après ses décisions sur l’acquisition monétique, le Conseil de la concurrence et Bank Al-Maghrib ont encore publié en juillet 2026 un point conjoint sur l’ouverture du marché. Ce précédent montre pourquoi une infrastructure commune a besoin de règles d’accès vérifiables.
3. Des APIs hétérogènes et un passage en production artisanal
Une documentation Swagger ne suffit pas. Pour exploiter une API bancaire en production, une fintech a aussi besoin de :
- un modèle de données partagé et versionné ;
- des environnements de test réalistes ;
- des parcours de consentement cohérents ;
- des webhooks fiables et des opérations idempotentes ;
- des niveaux de service publiés ;
- un support d’incident et un calendrier de dépréciation.
Si elle doit modifier son produit, son audit de sécurité et son modèle de consentement pour chaque banque, chaque nouvelle connexion coûte encore trop cher. L’open banking reste alors une succession de projets sur mesure.
4. La confiance, le consentement et la protection des données
La loi marocaine 09-08 encadre les traitements de données personnelles. La CNDP rappelle que les traitements situés au Maroc entrent dans son champ et que des formalités spécifiques peuvent s’appliquer, notamment pour les transferts de données à l’étranger.
Une case « J’accepte » ne suffit pas. Le client doit comprendre :
- quelle entreprise accède à ses données ;
- quelles catégories de données sont concernées ;
- pour quel usage et pendant combien de temps ;
- comment retirer son autorisation ;
- où les données sont hébergées et avec qui elles sont partagées.
Un tableau de bord commun, ou au moins cohérent entre les banques, permettrait au client de retrouver et de révoquer ses consentements. Sans cette visibilité, l’open banking risque de reproduire les mauvaises pratiques du tracking publicitaire.
5. Une adoption numérique encore inégale
Dans son document de programme de décembre 2025, la Banque mondiale estime que 44,4 % des adultes marocains détenaient un compte auprès d’une institution financière ou un compte de mobile money en 2024, un niveau globalement stable par rapport à 2021. Elle relève aussi le décalage entre détention d’un compte et usage effectif des paiements numériques, en particulier lorsque l’acceptation marchande reste insuffisante ou coûteuse à déployer.
L’open banking ne corrigera pas à lui seul le poids du cash, la faible couverture marchande, le manque de littératie financière ou la défiance. Même une excellente API restera peu utilisée si le client ne peut pas payer avec le service ou n’en voit pas rapidement l’intérêt.
6. Le financement et l’accès au premier client
Morocco Fintech Center recense 62 millions de dollars levés depuis 2019. Cela témoigne d’une activité réelle, mais le capital disponible reste limité. Une fintech régulée finance des travaux de conformité, des audits, des intégrations, une assurance et du support. Elle doit aussi tenir pendant les délais de décision, souvent plus longs que pour une startup SaaS.
Le premier contrat de production est souvent le plus difficile à obtenir. Des achats pilotes limités dans le temps, avec des critères de passage à l’échelle annoncés dès le départ, aideraient davantage que des démonstrateurs sans débouché.
Ce que la France a réussi, et ce qui bloque encore
La DSP2, entrée en application en 2018, a créé un droit d’accès aux comptes pour des prestataires autorisés, encadré l’initiation de paiement et généralisé l’authentification forte. Elle a obligé les banques à construire des interfaces et permis aux agrégateurs de sortir d’une dépendance structurelle au screen scraping.
Le cadre est nettement plus mature qu’au Maroc. Les usages et le modèle économique n’ont pas progressé au même rythme.
Une étude de l’ACPR publiée en septembre 2025, fondée sur six grandes banques françaises, chiffre à plus de 100 millions d’euros leurs coûts liés aux APIs en 2023. Elle dénombre 4,2 millions de clients utilisant des services d’information sur les comptes, soit seulement 3,2 % de la clientèle de détail couverte par l’enquête. L’information sur les comptes représente 58 % des activités observées, l’initiation de paiement 38 %, et les services au-delà de la DSP2 seulement 3 %.
L’étude note aussi que quatre plateformes concentrent plus de 75 % du volume de l’information sur les comptes. Après plusieurs années de DSP2, quatre problèmes restent visibles :
- l’adoption reste limitée chez les particuliers et les entreprises ;
- le modèle économique reste difficile pour les fintechs ;
- la qualité des APIs varie encore d’une banque à l’autre ;
- le marché reste concentré entre quelques plateformes.
L’Union européenne cherche encore à corriger ces limites. L’accord politique provisoire de novembre 2025 sur le nouveau cadre des services de paiement prévoit notamment de réduire les obstacles, renforcer la non-discrimination, mieux protéger contre la fraude et donner aux clients un tableau de bord de leurs permissions. D’après le compte rendu FIN-NET de la Commission européenne de mai 2026, la finalisation juridique et l’adoption formelle étaient encore en cours, avec une adoption attendue au quatrième trimestre 2026.
L’expérience française montre l’utilité d’une obligation réglementaire pour dépasser les partenariats bilatéraux. Elle montre aussi sa limite. Sans qualité de service, modèle économique et cas d’usage assez convaincants pour changer les habitudes, l’obligation produit surtout une infrastructure de conformité.
Ce que le Maroc devrait copier, adapter et éviter
Copier le droit d’accès opposable
Une fintech autorisée ne devrait pas dépendre du bon vouloir commercial de chaque établissement pour accéder au périmètre réglementé. Ce droit doit être assorti de règles d’authentification, de responsabilité et de recours.
Adapter les standards aux réalités locales
Les standards internationaux de sécurité sont réutilisables. Les parcours et cas d’usage doivent, eux, correspondre au marché marocain : mobile first, français et arabe, connectivité variable, importance des MRE, TPE peu équipées et revenus parfois irréguliers.
Une conformité calquée mot pour mot sur l’Europe pourrait créer des coûts disproportionnés sans résoudre les frictions locales.
Refuser l’API de conformité minimale
Publier une API sans métriques ne suffit pas. Le régulateur devrait pouvoir comparer publiquement, par banque :
- disponibilité et temps de réponse ;
- taux de réussite des connexions et paiements ;
- délai d’accès à la production ;
- incidents et temps de résolution ;
- stabilité des versions ;
- taux d’abandon du parcours de consentement.
Ces chiffres permettraient de distinguer une API réellement exploitable d’une API simplement publiée pour respecter une obligation.
Donner une fin aux pilotes
Un sandbox est utile quand il ouvre un chemin vers la production. Chaque expérimentation devrait annoncer dès le départ ses critères de sortie en matière de sécurité, conformité, performance et volume, ainsi qu’une date de décision. Sans cela, la fintech dépense ses ressources pendant que l’organisation repousse le moment de choisir.
Une feuille de route réaliste sur 36 mois
| Horizon | Priorités | Résultats mesurables |
|---|---|---|
| 0 à 12 mois | Publier le périmètre légal, les statuts, le modèle de consentement et un standard API commun ; ouvrir un sandbox multi-banques | Documentation versionnée, jeux de données réalistes, procédure unique d’onboarding, métriques publiques de test |
| 12 à 24 mois | Mettre en production l’information sur les comptes et l’initiation de paiement auprès d’un premier groupe de banques | Couverture minimale du marché, SLA opposables, tableau de bord de consentements, gestion commune des incidents |
| 24 à 36 mois | Étendre les données, renforcer les paiements marchands et lancer des cas d’usage sectoriels | TPE connectées, réduction des délais de rapprochement, financement consenti plus rapide, premiers services d’open finance évalués |
Cette progression doit être gouvernée par une instance associant Bank Al-Maghrib, CNDP, Conseil de la concurrence, banques, établissements de paiement, fintechs et représentants des usagers. Les banques ne peuvent pas évaluer seules la qualité de leur ouverture. Les fintechs, de leur côté, ne peuvent pas évaluer seules leur sécurité.
Cinq usages à prioriser au Maroc
1. La trésorerie des TPE et PME
Une petite entreprise peut gagner plusieurs heures par semaine en regroupant ses comptes, en prévoyant sa trésorerie et en automatisant le rapprochement et la préparation comptable. Le gain est facile à observer et le service peut être facturé de façon récurrente.
2. Les transferts des MRE
Comparer le coût réel, initier le transfert, suivre son état et rapprocher automatiquement le crédit final réduirait la fragmentation actuelle. La connexion entre BCP et Western Union en montre l’intérêt. Avec un standard commun, davantage d’acteurs pourraient proposer leurs propres services.
3. Le paiement de compte à compte chez les marchands
Un paiement initié directement depuis le compte peut compléter la carte et le wallet, à condition d’être instantané, compréhensible et simple à rapprocher. Le commerçant doit y gagner en coût ou en risque. Le client doit, lui aussi, y voir un avantage immédiat.
4. Le crédit fondé sur des données consenties
Avec l’accord du client, l’historique de flux peut aider à évaluer un revenu irrégulier ou l’activité d’une TPE. Il faut toutefois empêcher qu’un score opaque transforme l’inclusion promise en discrimination automatisée. Droit d’explication, minimisation des données et possibilité de contestation doivent être prévus dès la conception.
5. Les aides et services publics
La progression du paiement mobile liée aux aides directes montre la puissance d’un cas d’usage distribué à grande échelle. L’open banking pourrait simplifier la vérification, le versement et le suivi, sans créer une base de données financière centralisée inutile.
Ce que l’infrastructure doit assurer
Du point de vue d’une équipe qui conçoit des APIs et backends sécurisés, le socle devrait inclure OAuth 2.0 et OpenID Connect, avec des profils de sécurité adaptés au secteur financier. Le client comme le prestataire doivent passer par une authentification forte, à l’aide de certificats ou de preuves cryptographiques.
Les consentements doivent être granulaires par compte, type de donnée, finalité et durée. Le système doit limiter les scopes, utiliser des jetons courts et permettre une révocation immédiate. Pour les paiements, il faut aussi prévoir l’idempotence, des statuts explicites et des webhooks signés.
Enfin, l’exploitation compte autant que le protocole. Les équipes ont besoin de journaux d’audit qui n’exposent pas les données sensibles, d’un versionnement prévisible et d’une période de migration avant toute rupture. Le sandbox doit rester proche de la production. Des tests de conformité automatisés et des SLA mesurés de bout en bout complètent le dispositif.
Le standard technique doit être public et mis à jour à partir des incidents et des retours d’intégration. Un PDF révisé tous les trois ans ne suivra ni les menaces ni les usages.
L’open banking est-il déjà légal au Maroc ?
Des APIs et partenariats bancaires existent, et les autorités travaillent explicitement sur l’open banking. En revanche, les sources publiques analysées ne décrivent pas encore un cadre transversal équivalent à la DSP2, avec un droit d’accès standardisé applicable à l’ensemble du marché. Une entreprise doit donc analyser son activité exacte : service de paiement, traitement de données, externalisation, transfert international et exigences de sécurité.
Quand l’open banking sera-t-il disponible au Maroc ?
Les sources consultées ne donnent pas de date publique pour une ouverture complète. Bank Al-Maghrib travaille sur le cadre avec l’accompagnement de la Banque mondiale, tandis que Morocco Fintech Center organise le dialogue avec le secteur. Le calendrier deviendra crédible lorsque des livrables seront disponibles : un standard, un statut, un sandbox multi-banques, des SLA et de premières mises en production.
Le Maroc peut encore choisir son modèle
Le Maroc ne manque ni d’idées ni de compétences techniques. Son principal blocage vient du coût de coordination entre institutions, banques et nouveaux entrants. Tant que chaque fintech paiera seule ce coût, les grands partenariats bilatéraux et les acteurs déjà établis resteront avantagés.
La France montre qu’un cadre obligatoire crée l’infrastructure, mais pas nécessairement l’adoption. À mes yeux, le Maroc peut faire mieux qu’un simple rattrapage réglementaire : partir des usages locaux, imposer l’interopérabilité, publier la qualité réelle des APIs et financer le passage du pilote à la production.
Le résultat sera tangible lorsqu’un entrepreneur autorisé pourra construire une intégration, se connecter à plusieurs banques et proposer un service que le client comprend. L’écosystème dépendra alors moins de quelques accords négociés au cas par cas.
Sources et méthode
Cette analyse croise en priorité des sources institutionnelles et les distingue des annonces commerciales :
- Bank Al-Maghrib, Rapport annuel sur la supervision bancaire 2024 et statistiques 2024 des moyens de paiement ;
- Morocco Fintech Center, Livre blanc du secteur fintech au Maroc, mars 2026 ;
- Banque mondiale, programme d’inclusion financière et numérique, décembre 2025 ;
- ACPR, L’open banking en France, septembre 2025 ;
- Parlement européen et Commission européenne, état des travaux sur le nouveau cadre européen des services de paiement.
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Karim Benchekroun
Fondateur d'Al Firma, expert en développement mobile et web
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